Analyse approfondieEntreprises et investissement

Marges, taux, épargne : qu'est-ce qui finance l'investissement des entreprises ?

L'investissement des entreprises est au plus haut malgré la remontée des taux : marges, crédit ou épargne ?

Version 2026.1 · Données publiques arrêtées au 30 septembre 2026 · 7 séries du catalogue · Read this analysis in English

La question

En 2024, les sociétés françaises — financières et non financières — ont investi 12,3 % du produit intérieur brut (PIB) en formation brute de capital fixe (FBCF), c'est-à-dire en machines, bâtiments, logiciels et équipements durables, selon les comptes nationaux diffusés par Eurostat. C'est un niveau proche du maximum de la série, 12,7 % en 2022, et supérieur à tout ce qu'on observe depuis 1949 hors les trois dernières années.

Ce record est survenu pendant que le coût de l'argent triplait : le taux à dix ans de l'État est passé de 0,01 % en 2021 à 3,37 % en 2025, et le taux des crédits nouveaux aux entreprises de 1,30 % à 4,61 % en 2024. La question est donc : qu'est-ce qui finance cet investissement, si ce n'est pas un crédit bon marché ? Les marges, l'épargne, la fiscalité — ou les trois ?

Ce que montrent les données

Sur soixante-quinze ans, l'investissement des sociétés en part du PIB oscille dans une bande étroite : 9,3 % au plus bas en 1954, 12,7 % au plus haut en 2022, 10,8 % en moyenne entre 1990 et 2019. C'est la première leçon de la série : le ratio est remarquablement stable, et deux points de PIB séparent une décennie d'investissement faible d'une décennie d'investissement fort.

Deux récessions montrent ce que fait une crise : entre 1992 et 1994, le ratio perd 1,3 points de pourcentage ; entre 2008 et 2009, 1,2 points en un an. À l'inverse, la hausse des taux de 2022-2024 n'a coûté que 0,4 point entre 2022 et 2024 : un repli, pas une rupture.

Le taux de marge des sociétés non financières, publié par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) — la part de la valeur ajoutée qui reste à l'entreprise une fois les salaires et cotisations payés — était de 30,7 % en 2019, a atteint 33,5 % en 2021, le plus haut depuis le début de la série en 1949, et vaut 32,2 % en 2025. En moyenne, il s'est établi à 32,4 % sur 2021-2025 contre 30,7 % sur 2010-2019.

Graphique 1 sur 1 · % du PIB · Période 1949-2024

Investissement des sociétés en part du PIB depuis 1949

Le niveau actuel est-il exceptionnel sur soixante-quinze ans ?

Lecture

0,02,55,07,510,012,515,01949195719651973198119891997200520132024
  • Investissement des sociétés, % du PIB

Ce qu'il faut voir

  • Une bande de neuf à treize pour cent sur toute la période : le ratio bouge peu.
  • Trois creux nets, 1954, 1993-1997 et 2009, et un sommet en 2021-2023.

Ce que cela ne signifie pas

  • Une part du PIB stable n'est pas un montant stable : le PIB a été multiplié plusieurs fois en volume.

Limites · Eurostat, sociétés financières et non financières, dernier millésime 2024 provisoire. Source · Eurostat — Key indicators of national accounts (nasa_10_ki)

Ce qui a changé

Ce qui a changé depuis 2021, c'est le prix du crédit et le niveau des marges, dans des sens opposés. Le taux des crédits nouveaux aux sociétés non financières, compilé par la Banque de France pour la Banque centrale européenne (BCE), est passé de 1,30 % en 2021 à 4,35 % en 2023 et 4,61 % en 2024, avant de refluer à 3,63 % en 2025 (3,61 % en juillet 2026). Dans le même temps, le taux de marge s'est maintenu au-dessus de trente-deux pour cent chaque année sauf 2022.

La leçon du ratio est là : les entreprises ont investi à un niveau record parce qu'elles disposaient de marges record pour le faire, ce qui a réduit leur dépendance au crédit précisément au moment où celui-ci renchérissait. Ce n'est pas une causalité prouvée — c'est une coïncidence de niveaux que le mécanisme de l'autofinancement rend cohérente.

Les relations visibles

Ce que l'on ne peut pas affirmer

Le ratio agrégé mélange les grandes entreprises, qui se financent sur les marchés, et les petites, qui dépendent du crédit bancaire : cette page ne peut pas dire si la hausse des taux a freiné les secondes pendant que les premières investissaient. La ventilation par taille n'est pas servie.

Elle ne dit pas non plus ce qui a été investi : machines, logiciels, bâtiments, transition énergétique, mise aux normes. Un investissement élevé qui n'accroît pas la productivité — c'est le constat de l'analyse voisine — appelle cette décomposition, qui manque ici.

Enfin, la présentation ne comporte aucune lecture de placement : dire où l'épargne des ménages « devrait » aller n'est pas l'objet de France ÉcoScan.

Les événements qui éclairent la trajectoire

Où en sommes-nous

En 2025, le taux de marge est à 32,2 %, le crédit aux entreprises à 3,63 % en moyenne annuelle (3,61 % en juillet 2026), la croissance à 0,8 %. L'investissement de 2025 n'est pas encore publié ; celui de 2024, 12,3 % du PIB, reste au-dessus de tout millésime antérieur à 2021.

Ce que le lecteur peut en retenir

Ce sont les marges qui financent l'investissement des entreprises françaises, sur longue période et plus encore depuis 2021 : quand elles sont hautes, l'investissement suit avec retard, et le crédit devient un complément dont le prix compte moins. La remontée des taux a été absorbée parce qu'elle a coïncidé avec des marges record — pas parce que le crédit est sans importance.

Ce que le lecteur peut retenir : l'épargne abondante des ménages et l'investissement élevé des entreprises sont deux faits vrais qui ne s'expliquent pas l'un par l'autre. Le compte donne accès au croisement complet : marges et investissement sur soixante-quinze ans, taux d'intérêt, épargne, fiscalité, et les épisodes qui ont testé chaque canal.

Sources et méthode

Chaque chiffre de cette page est lu dans une série publique identifiée, ou calculé depuis elle selon la règle indiquée. Les séries sont celles du catalogue de France ÉcoScan, confrontées à leur producteur et gelées à la date indiquée en tête de page.

  • Formation brute de capital fixe des entreprises (% du PIB) — Eurostat — Key indicators of national accounts (nasa_10_ki) · ec.europa.eu
  • Taux de marge des entreprises non financières (%) — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
  • Taux OAT 10 ans, moyenne annuelle (%) — Banque centrale européenne — statistique SEBC compilée par la Banque de France · data.ecb.europa.eu
  • Taux d'épargne des ménages (%) — Eurostat — Key indicators of national accounts (nasa_10_ki) · ec.europa.eu
  • Prélèvements obligatoires (% PIB) — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
  • Croissance PIB (%) — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
  • Indice Prix Immobilier — Eurostat — House price index (prc_hpi_a) · ec.europa.eu

Preuves éditoriales

  • BCE, statistiques MIR, taux des crédits nouveaux aux sociétés non financières, France, moyennes annuelles calculées par France ÉcoScan · data-api.ecb.europa.eu

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