Analyse approfondieÉnergie et climat

Émissions en baisse : décarbonation ou désindustrialisation ?

Un tiers d'émissions territoriales en moins depuis 1990 : quelle part vient du mix, de l'efficacité, du recul industriel, des importations ?

Version 2026.1 · Données publiques arrêtées au 30 septembre 2026 · 5 séries du catalogue · Read this analysis in English

La question

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) émises sur le territoire français — hors puits de carbone des forêts et des sols, hors transports internationaux — sont passées de 547 Mt CO₂e en 1990 à 367 Mt CO₂e en 2024, selon l'inventaire national compilé par le Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (CITEPA) et repris par Eurostat : −32,9 %. Sur la même période, le produit intérieur brut (PIB) en volume a progressé de +67,7 %.

Une baisse d'un tiers dans une économie qui a grossi des deux tiers : c'est le découplage. La question de cette page est celle de sa composition. Combien vient d'une électricité peu carbonée, combien de l'efficacité, combien du recul de l'industrie — et combien a simplement été déplacé vers les pays qui fabriquent ce que la France importe ?

Ce que montrent les données

La baisse n'est pas régulière. De 1990 à 2005, les émissions stagnent : +1,6 % en quinze ans, avec un sommet à 573 Mt CO₂e en 1991, pendant que le PIB croît de +35,4 %. La décrue commence en 2006 et s'accélère : −33,9 % entre 2005 et 2024. Sur la dernière décennie seule, de 2014 à 2024, elle atteint −19,8 %, pour une croissance de +13,2 %.

Rapportées au PIB — calcul France ÉcoScan, indice des émissions divisé par l'indice du PIB en volume reconstitué depuis les taux de croissance annuels — les émissions par unité de production ont reculé de −60,0 % entre 1990 et 2024. C'est la mesure la plus simple du découplage : produire un euro de richesse émet aujourd'hui environ quarante pour cent de ce qu'il émettait en 1990.

L'empreinte carbone — les émissions associées à la consommation des Français, importations comprises et exportations déduites — est estimée par le Service des données et études statistiques (SDES) à 563 Mt CO₂e en 2024, soit 8,2 tonnes par habitant contre 12,1 en 1990. Elle a reculé de −20,0 % depuis 1990, nettement moins que les émissions territoriales : les émissions importées, 50 % de l'empreinte en 2024, ont progressé de +2,0 % sur la période quand la composante intérieure reculait de −34,0 %.

Graphique 1 sur 1 · millions de tonnes équivalent CO₂ · Période 1990-2024

Émissions territoriales de gaz à effet de serre depuis 1990

Depuis quand les émissions baissent-elles, et à quel rythme ?

Lecture

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  • Émissions territoriales (hors puits, hors soutes)

Ce qu'il faut voir

  • Un plateau de 1990 à 2005, puis une pente régulière, avec deux marches en 2009 et 2020.
  • Le point bas est 2024, sous le niveau de l'année de confinement.

Ce que cela ne signifie pas

  • Ce ne sont pas les émissions de la consommation française : l'empreinte carbone, importations comprises, est plus élevée d'environ moitié.

Limites · Inventaire national (CITEPA) repris par Eurostat, hors utilisation des terres et foresterie, hors transports internationaux ; 2024 dernier millésime. Source · Eurostat — Greenhouse gas emissions by source sector (env_air_gge)

Ce qui a changé

Ce qui a changé depuis 2014, c'est que la baisse des émissions s'est poursuivie sans recul de l'industrie. La part de l'industrie dans le PIB était de 12,2 % en 2014 et de 12,5 % en 2024 (+0,3 point) : stable, à la rupture de série de 2023 près. Pendant ce temps, les émissions ont reculé de −19,8 %. La désindustrialisation ne peut pas expliquer une baisse survenue alors qu'elle s'était arrêtée.

Le choc énergétique de 2022-2023 a ajouté un effet de prix : avec une électricité pour les entreprises passée de 83,0 €/MWh en 2021 à 230,7 €/MWh en 2023, les émissions ont reculé de −10,5 % en deux ans — sobriété subie, arrêts de production dans les secteurs les plus intensifs, hiver doux. L'année 2024 prolonge la baisse (−3,0 %) avec des prix redescendus : une partie de l'effet est donc structurelle.

Les relations visibles

Ce que l'on ne peut pas affirmer

Cette page ne porte ni les émissions par secteur (transports, bâtiments, industrie, agriculture, énergie), ni le mix électrique, ni la consommation d'énergie : elle ne peut donc pas attribuer la baisse à un facteur précis. L'inventaire du CITEPA les publie ; ils ne sont pas servis ici.

L'empreinte carbone est une estimation, révisée chaque année — celle de 2023 a été ramenée de plus de six cents à 583 Mt CO₂e entre deux publications — et son partage entre composante intérieure et importations dépend de modèles d'échanges internationaux. Les ordres de grandeur sont robustes ; les décimales ne le sont pas.

Enfin, la part de l'industrie dans le PIB est une mesure en valeur, affectée par les prix relatifs et par la rupture de 2023 ; sa stabilité depuis 2014 ne garantit pas une production industrielle stable en volume.

Les événements qui éclairent la trajectoire

Où en sommes-nous

En 2024, les émissions territoriales sont de 367 Mt CO₂e (−32,9 % depuis 1990), l'empreinte carbone estimée à 563 Mt CO₂e (−20,0 % depuis 1990), la part de l'industrie à 12,5 %. Le dernier millésime de l'inventaire est 2024 ; celui de 2025 sera soumis en 2027.

Ce que le lecteur peut en retenir

La baisse des émissions françaises est d'abord une décarbonation : elle s'est produite pour l'essentiel après 2005, à part industrielle stable, et l'empreinte carbone a reculé elle aussi. La désindustrialisation y a contribué — l'automobile en est le cas le plus net — mais elle avait déjà eu lieu quand les émissions ont commencé à baisser.

Ce que le lecteur peut retenir : le tiers d'émissions en moins est réel, et environ la moitié seulement se retrouve dans l'empreinte, parce que la France consomme désormais, à l'étranger, près des trois quarts du carbone qu'elle émet chez elle. Le compte donne accès au croisement complet — deux découplages, l'automobile, l'empreinte face à l'inventaire, la chronologie — et à ce que chaque facteur peut ou ne peut pas expliquer.

Sources et méthode

Chaque chiffre de cette page est lu dans une série publique identifiée, ou calculé depuis elle selon la règle indiquée. Les séries sont celles du catalogue de France ÉcoScan, confrontées à leur producteur et gelées à la date indiquée en tête de page.

  • Émissions de GES — Eurostat — Greenhouse gas emissions by source sector (env_air_gge) · ec.europa.eu
  • Part de l'industrie (% PIB) — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
  • Croissance PIB (%) — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
  • Production automobile (indice de volume) — Eurostat — Production in industry, annual data (sts_inpr_a) · ec.europa.eu
  • Prix de l'électricité entreprises — Eurostat — Electricity prices for non-household consumers (nrg_pc_205) · ec.europa.eu

Preuves éditoriales

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