Analyse publiquePouvoir d'achat et inégalités

Le SMIC suit-il l'inflation ?

Comment le salaire minimum est-il revalorisé, et a-t-il suivi les prix depuis 1991 ?

Version 2026.1 · Données publiques arrêtées au 30 septembre 2026 · 7 séries du catalogue · Read this analysis in English

La question

Le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) vaut 12,02 € de l'heure, brut, au 1er janvier 2026, et 12,31 € depuis le 1er juin 2026 après une revalorisation automatique en cours d'année. En 2025, il correspondait à 1 426,30 € nets par mois pour un temps plein, selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE).

La question posée ici est celle que se pose un salarié payé au minimum quand les prix montent : la règle de revalorisation suit-elle l'inflation, à quel rythme, et que garantit-elle exactement ?

Ce que montrent les données

La règle est écrite dans le Code du travail. Chaque 1er janvier — chaque 1er juillet jusqu'en 2009 —, le SMIC est relevé de l'inflation constatée pour les vingt pour cent de ménages aux revenus les plus faibles, augmentée de la moitié du gain de pouvoir d'achat du salaire horaire de base des ouvriers et employés. Et dès que l'indice des prix a progressé d'au moins deux pour cent depuis la dernière revalorisation, une hausse automatique intervient en cours d'année, sans attendre janvier. Le gouvernement peut y ajouter un « coup de pouce » ; il ne l'a pas fait depuis 2012.

Cette règle explique le rythme des dernières années. De 2013 à 2020, période d'inflation faible, le SMIC n'a connu que 8 marches en huit ans — une par an, en janvier. De 2021 à 2024, il en a connu 9, dont trois pour la seule année 2022. Vu de janvier à janvier, il progresse de +6,6 % en 2023, +3,4 % en 2024, +2,0 % en 2025 et +1,2 % en 2026, face à une inflation de 5,2 % en 2022, 4,9 % en 2023, 2,0 % en 2024 et 0,9 % en 2025.

Sur longue période, le SMIC horaire brut est passé de 4,87 € en 1991 à 11,88 € en 2025, soit +143,9 %. Sur le même intervalle, l'indice des prix à la consommation a progressé de +73,9 %. Les deux trajectoires sont tracées ci-dessous, en base 100 ; ce que leur écart signifie une fois les prix retirés — et ce qu'il vaut selon l'année de départ choisie — est l'objet du dossier complet.

Graphique 1 sur 2 · indice, 1991 = 100 · Période 1991-2026

SMIC horaire brut et indice des prix, base 100 en 1991

Le SMIC nominal a-t-il progressé plus vite que les prix depuis 1991 ?

Lecture

050100150200250199119951999200320072011201520192026
  • SMIC horaire brut (1991 = 100)
  • Prix à la consommation (1991 = 100)

Ce qu'il faut voir

  • Les deux courbes montent ; celle du SMIC monte davantage, avec un écart qui se creuse surtout entre 1998 et 2006.
  • Depuis 2021, le SMIC progresse à un rythme proche de celui des prix, légèrement au-dessus : il suit, avec quelques mois de retard, sans prendre d'avance marquée.

Ce que cela ne signifie pas

  • L'écart entre les courbes n'est pas le pouvoir d'achat du SMIC : il dépend de l'année de base, et la lecture correcte exige de retirer les prix année par année.

Limites · SMIC au 1er janvier de chaque année ; les marches de milieu d'année n'apparaissent qu'en janvier suivant. Source · INSEE — Banque de données macro-économiques, série 000822484 · INSEE — Banque de données macro-économiques, série 011814639 (indice annuel des prix à la consommation, base 2025)

Ce qui a changé

Ce qui a changé depuis 2021, c'est le déclencheur. De 2013 à 2020, la revalorisation automatique en cours d'année ne s'est jamais déclenchée, faute d'une inflation de deux pour cent en quelques mois. Elle s'est déclenchée en octobre 2021, deux fois en 2022, en mai 2023, en novembre 2024 et en juin 2026. Le SMIC est ainsi devenu, de fait, indexé en temps quasi réel — avec quelques mois de décalage, jamais plus d'une année.

Le résultat se lit sur la fenêtre 2019-2024 : le SMIC horaire a progressé de +16,2 %, le salaire de base des ouvriers et employés de +16,1 %, et les prix hors tabac de +14,5 %. Les trois grandeurs ont avancé du même ordre ; le SMIC n'a ni décroché ni pris une avance marquée sur les autres salaires.

Les relations visibles

La formule crée une relation quasi mécanique entre l'inflation d'une année et la revalorisation de l'année suivante : 2022 et 2023, années d'inflation forte, sont suivies des plus fortes hausses de janvier ; 2025, année à 0,9 %, est suivie de la plus faible depuis 2021 (+1,2 %). L'inflation retenue est celle du premier quintile de niveau de vie, non celle de l'ensemble des ménages : entre 2019 et 2025, l'indice des prix de ce quintile a progressé de +15,5 %, un rythme très proche de l'indice général.

La seconde composante — la moitié du gain de pouvoir d'achat du salaire de base — n'a joué qu'à la marge sur la période récente, précisément parce que les salaires de base ont à peine dépassé les prix. Elle explique en revanche pourquoi, dans les années 1990 et 2000, le SMIC progressait plus vite que l'inflation les années où les salaires réels montaient.

Ce que l'on ne peut pas affirmer

Cette page compare le SMIC nominal aux prix ; elle ne calcule pas le pouvoir d'achat du SMIC, ni sa variation réelle année par année, ni sa sensibilité à l'année de départ : ces calculs, et la confrontation aux publications de l'INSEE, sont le contenu du dossier complet.

Elle ne dit rien non plus du SMIC net ni du coût pour l'employeur : les allègements de cotisations, la contribution sociale généralisée (CSG) et les hausses de prélèvements font que le brut horaire, le net mensuel et le coût du travail n'évoluent pas au même rythme. La série nette mensuelle n'est disponible qu'à partir de 2005.

Enfin, le nombre de salariés concernés et la place du SMIC dans la distribution des salaires ne sont pas traités ici ; l'analyse consacrée au SMIC et à l'emploi en parle.

Les événements qui éclairent la trajectoire

Deux épisodes montrent la formule à l'œuvre dans les deux sens. En 2009, année de crise, l'inflation tombe à 0,1 %, mais le SMIC avait été relevé deux fois en 2008, en mai puis en juillet, sur des prix qui montaient : de janvier 2008 à janvier 2009, il progresse de +3,2 %. À l'inverse, après l'inflation nulle de 2015 (0,0 %), la hausse de janvier 2016 n'est que de +0,6 %.

Le choc de 2022 est l'épisode le plus net : trois revalorisations en une seule année civile, une configuration que la décennie d'inflation faible n'avait jamais produite, imposée par le déclencheur des deux pour cent.

Où en sommes-nous

Depuis juin 2026, le SMIC horaire brut est de 12,31 €, après 12,02 € au 1er janvier. Sur un an, les prix à la consommation du premier quintile de niveau de vie progressent de +2,8 % en août 2026, selon l'indice mensuel de l'INSEE (glissement calculé par France ÉcoScan). Le montant du prochain 1er janvier n'est pas connu à l'avance, et cette page ne le prévoit pas : la loi le fixe à partir de la hausse des prix de ce quintile depuis la précédente revalorisation — celle de juin 2026 — augmentée de la moitié du gain de pouvoir d'achat du salaire horaire de base des ouvriers et employés, et le gouvernement peut aller au-delà.

Ce que le lecteur peut en retenir

Le SMIC suit l'inflation, par construction légale, avec un décalage de quelques mois : c'est la seule grandeur salariale en France dont l'indexation est garantie par un texte. Ce que la formule ne garantit pas, c'est un gain de pouvoir d'achat — elle protège contre l'érosion, elle ne l'enrichit que quand les autres salaires progressent en termes réels.

Le lecteur peut retenir que la question intéressante n'est pas « le SMIC a-t-il suivi les prix ? » — oui, à quelques mois près — mais « qu'a-t-il gagné une fois les prix retirés, sur quelle période, et par rapport à quoi ? ». C'est celle du dossier.

Sources et méthode

Chaque chiffre de cette page est lu dans une série publique identifiée, ou calculé depuis elle selon la règle indiquée. Les séries sont celles du catalogue de France ÉcoScan, confrontées à leur producteur et gelées à la date indiquée en tête de page.

  • SMIC horaire brut — INSEE — Banque de données macro-économiques, série 000822484 · bdm.insee.fr
  • SMIC mensuel net (moyenne annuelle) — INSEE — Banque de données macro-économiques, série 000883658 · bdm.insee.fr
  • Inflation — INSEE — indice des prix à la consommation · www.insee.fr
  • Prix des ménages modestes — premier quintile (base 100 en 2025) — INSEE — Banque de données macro-économiques, série 011818264 (indice mensuel des prix à la consommation, base 2025, premier quintile de niveau de vie, France) — indice de référence de l'article L3231-4 du code du travail · bdm.insee.fr
  • Salaire horaire de base des ouvriers (base 100 en 2000) — INSEE — Banque de données macro-économiques, série 001665241 · bdm.insee.fr
  • Prix cumulés à la consommation (base 100 en 1990) — INSEE — Banque de données macro-économiques, série 011814639 (indice annuel des prix à la consommation, base 2025) · bdm.insee.fr
  • Prix à la consommation hors tabac (base 100 en 2025) — INSEE — Banque de données macro-économiques, série 011814056 (indice mensuel des prix à la consommation, base 2025, ensemble hors tabac, France) · bdm.insee.fr

Analyses liées